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« Les travailleurs sociaux dans la tempête »

La pandémie de coronavirus n’épargne pas le secteur social. Face à l’absence de soutien, les travailleurs sociaux se mobilisent pour les personnes qu’ils accompagnent au quotidien. La Sauvegarde des Yvelines témoigne. 

Au vocabulaire guerrier, nous préférons celui des marins. L’engagement n’est pas moindre et les dangers tout aussi imminents. Nous ne prétendons pas avoir d’ennemi, mais nous prétendons porter la voix de celles et ceux qui, chaque jour, naviguent seuls, face aux tempêtes incontrôlables d’un secteur social laissé à la dérive. Face à la pandémie de coronavirus, nos équipes de travailleurs sociaux sont chaque jour et chaque nuit sur le pont avec ces enfants, ces jeunes et ces adultes qui souhaitent, malgré tout et de tout cœur, pouvoir un jour naviguer seul.

Au sein de notre association, La Sauvegarde des Yvelines, c’est bien la solidarité et l’engagement dont font preuve les professionnels sur le terrain, ou en télétravail, qui permet d’assurer la continuité des accompagnements. Car les effets engendrés par les mesures de confinement sont multiples et nécessitent des réponses rapides et adaptées. En particulier, la sensation d’enfermement que tout à chacun peut ressentir, provoque chez les personnes accueillies en centres d’hébergement, de grandes montées d’angoisses et le développement de nouveaux comportements à risque, venant décupler et s’ajouter à leurs difficultés personnelles. En dehors de ces centres, plus de 1 000 mineurs et leurs familles, confinés chez eux, continuent d’être accompagnés à distance ou à domicile si cela s’avère nécessaire. Les risques accrus de violences intrafamiliales au sein de ces foyers confinés, sur lesquels certains médias ont déjà communiqué, sont réels. Ainsi, que ce soit dans les centres d’hébergement ou dans les services d’accompagnements sociaux, éducatifs et médico-sociaux, l’ensemble des équipes se mobilise et redouble d’inventivité pour assurer la continuité des activités d’accompagnement, mais aussi pour lutter contre la crise sanitaire et ses effets sur les personnes accompagnées, malgré des moyens humains et matériels largement insuffisants. 

Rappelons, qu’en temps « normal » déjà, le secteur social manque cruellement de moyens humains et financiers. Avec la crise du COVID-19 certaines équipes sont amputées à plus de 30% de leur effectif habituel. Par ailleurs, dans un secteur où le lien humain est primordial, et où la promiscuité est parfois inévitable, le risque de contamination est sérieux. Les professionnels mobilisés ont peur, certains se sont séparés de leurs familles pour pouvoir continuer à travailler. Des équipes entières ont dû être placées en quarantaine pour limiter les risques de transmission. F. éducatrice spécialisée en MECS témoigne ainsi « on se sent seul en fait et on travaille sans protection [mais] on ne va pas les lâcher [les jeunes]. En général, les jeunes placés c’est la dernière voix, la dernière roue du carrosse. Si nous, on ne porte par leurs voix, personne [ne le fera] ». Malgré cela, sur le terrain, les professionnels sont présents et réinventent le quotidien en proposant de nouvelles formes d’accompagnements et d’activités. Un responsable de service en foyer pour enfants explique ainsi : “[on] ne voulait pas tomber dans la dimension occupationnelle, [où] on leur met de la TV, la DS, des jeux (…). Donc on est arrivé le lundi [avant le confinement], en leur proposant [un planning] d’activités. Un tel, un telun tel vous êtes attendu à 9h30 en psychomotricité, un telun tel, un tel en soutien scolaire. Il y a une orthophoniste qui se déplace, qui va faire les cours, il y a un professeur du collège bénévole qui s’est proposé [aussi]. Il a fallu articuler tout ça avec [les contraintes du confinement]. »

Les professionnels du secteur social ne bénéficient d’aucune reconnaissance nationale pour le travail qu’ils fournissent. La protection de l’enfance et la lutte contre les exclusions, sont les « grandes oubliées ». C’est pourquoi aujourd’hui, nous lançons une bouteille à la mer, un appel généralisé à la solidarité. Nos services ont besoin de renforts, de matériels et de reconnaissance : du renfort humain et matériel pour assurer aux côtés de nos équipes, les apprentissages scolaires, les suivis psychologiques et les activités menées avec les personnes accompagnées. Nous avons aussi besoin de masques en quantité suffisante et de matériels adaptés pour limiter la transmission du virus dans des lieux de promiscuité. Les travailleurs sociaux qui doivent rassurer et protéger les plus fragiles, ne le sont pas assez. Nous adressons également un message d’alerte aux pouvoirs publics. Nous n’avons pas assez de réponses quant aux moyens financiers et humains qui seront apportés pour faire face à la crise actuelle et ses redoutables conséquences. Nous ne nous satisferons pas de simples remerciements. Nous avons besoin de garanties sur le long terme, de marges de manœuvres concrètes pour d’ores et déjà envisager la suite : soyons clairs, sans moyens supplémentaires, nous ne tiendrons pas sur la durée.

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