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La psychomotricité à l’honneur

En cette journée mondiale de la psychomotricité, Cécile Bertrand, actuellement Psychomotricienne au Centre Médico-Psycho-Pédagogique (CMPP) de Voisins-le-Bretonneux et à l’Institut Médico-Éducatif (IME) le Bel Air de l’Association, partage avec nous son parcours, son métier, les jeunes et familles qu’elle accompagne, le plaisir du travail en équipe et son choix pour cette orientation professionnelle qu’elle vit avec passion depuis maintenant 15 ans.

Bonjour Cécile Bertrand, pouvez-vous vous présenter ?

Actuellement Psychomotricienne au CMPP de Voisins-le-Bretonneux et à l’IME le Bel Air, j’ai été diplômée en 2005 à l’école de psychomotricité de la Pitié Salpêtrière à Paris. A la suite de ça, j’ai, très vite, travaillé dans la petite enfance sur la ville de Trappes. C’était intéressant pour un premier poste de partir du tout petit, pour avoir bien en tête les repères du développement de l’enfant et découvrir la richesse du travail auprès des jeunes enfants comme le dépistage et la prévention précoce, l’éveil psychomoteur, l’accompagnement des familles et la formation des équipes. Cette expérience a duré un an. Très rapidement, on m’a proposé un poste sur mon lieu de stage de troisième année à l’Hôpital de Pédiatrie et de Rééducation de Bullion avec un aspect plus médical et une approche davantage somatique autour des enfants. Au cours de cette expérience, j’ai vu la dimension corporelle de la psychomotricité avec le travail de rééducation et le travail autour de l’accompagnement des enfants dans les soins qui pouvaient être douloureux et compliqués à vivre pour eux dans leur corps. Il y avait également la transmission aux équipes soignantes de matériel et de techniques, notamment la relaxation psychomotrice, afin d’accompagner les enfants dans leur quotidien à l’hôpital en notre absence. Pour exemple, l’utilisation des balles sensorielles et de la relaxation par inductions verbales pour les soins des enfants grands-brulés. Cette expérience a été très enrichissante mais c’est vrai que très vite, c’est devenu trop éprouvant et parfois lourd notamment dans l’accompagnement des tous petits en fin de vie. Et puis, l’approche médicale a aussi certaines limites.

En parallèle de mon travail, j’ai eu la chance, parce que c’est vraiment une chance, de découvrir en 2006 l’offre d’emploi du CMPP de la Sauvegarde des Yvelines qui créait au sein de cette nouvelle structure un poste de psychomotricien. Il y avait donc tout à construire et penser : l’équipe, la salle, l’accueil des premiers patients, etc. C’était une occasion rêvée. J’ai donc quitté la moitié de mon temps à l’hôpital pour pouvoir intégrer le CMPP et, au fil du temps, j’ai rejoint les équipes de l’IME le Bel Air.

Pourquoi avoir choisi ce métier ?

C’est une bonne question. C’est vrai que je suis une personne sportive. J’ai fait de la gym très longtemps et j’ai toujours eu une sensibilité autour des enfants. J’ai donc longtemps cherché un métier qui pouvait me ressembler et allier les deux. J’ai alors pensé à éducatrice de jeunes enfants puis éducatrice spécialisée et c’est lors d’un forum au lycée que j’ai découvert le métier de psychomot. Peu de temps après j’ai fait un stage à l’hôpital de Bullion pour découvrir le métier d’éducatrice de jeunes enfants où j’ai rencontré, Mme Pascale Pavy une psychomotricienne passionnée, aujourd’hui renommée dans le domaine de la petite enfance, qui m’a vraiment donné envie de faire ce métier. Un métier qui me passionne depuis 15 ans.

Pouvez-vous présenter le métier de psychomotricien ?

C’est une tâche pas facile, car c’est un métier qui se définit beaucoup en fonction de la personnalité du psychomotricien, de ses référentiels théoriques qui aident à penser la clinique, mais aussi et surtout en fonction des patients accompagnés, de leurs problématiques et de leurs besoins.

On note toutefois trois grandes approches en psychomotricité. Elle peut être éducative. Elle concerne plutôt les psychomotriciens qui vont intervenir auprès des jeunes enfants à travers des ateliers d’éveil pour stimuler leur développement psychomoteur. Elle peut être rééducative. Dans cette approche, le psychomotricien s’interroge sur comment aider l’enfant dans ses difficultés en lui proposant des activités très spécifiques pour l’amener à progresser. Alors, je ne dirais pas que je ne fais pas du tout ça, mais je le fais peut-être dans un contexte un peu différent qui est la troisième approche, celle dont je souhaitais vous parler, la thérapie psychomotrice.

La thérapie psychomotrice ce n’est pas une simple rééducation. A travers la thérapie psychomotrice, je vais essayer de comprendre le trouble de l’enfant dans sa problématique globale et voir comment, à partir de nos séances, il va pouvoir de lui-même cheminer, progresser et développer des nouvelles compétences. Pour cela, j’accueille l’enfant dans sa singularité et je vais à sa rencontre pour savoir qui il est, comment il fonctionne, quel est son vécu corporel, son vécu émotionnel et psychique.

Je commence donc toujours au CMPP par recevoir l’enfant et sa famille afin de créer un lien avec l’enfant et entendre ses parents parler de lui. Ensuite, si l’enfant accepte et si c’est possible, compte tenu de son âge, je lui propose un temps seul. Ceci me permet de réaliser, un bilan ou une observation psychomotrice. Lors de ses premières séances, j’essaye de mettre en lumière toutes les compétences et les zones de fragilités de l’enfant dans son développement psychomoteur. Je vais alors utiliser des épreuves de bilan autour de la connaissance de son corps, de son développement postural mais aussi moteur. Je vais chercher à comprendre également comment il a construit l’espace et le temps. Et après, bien sûr, je vais être dans une écoute plus subjective de son histoire, de ses émotions, de ses angoisses, de sa souffrance, etc. Je vais à travers ce bilan essayer de comprendre la symptomatologie du jeune : de l’agitation motrice, au contraire de l’inhibition, des troubles du graphisme, des retards d’acquisition dans le développement, etc. Au CMPP ce qui est intéressant c’est la diversité de la population accueillie avec un agrément de 0 à 20 ans mais aussi la richesse des dispositifs de soins comme les groupes thérapeutiques, les thérapies psychomotrices parents-enfant, etc.

En plus de ce bilan, il y a un réel travail d’équipe qui est réalisé en psychomotricité. Il faut savoir que chaque enfant aura été reçu déjà plusieurs fois en amont avant de me rencontrer soit par le pédopsychiatre, soit par un psychologue consultant. Sa situation aura également été discutée et rediscutée par l’équipe qui se réunit tous les vendredis. A la suite du bilan, partagé et validé par l’équipe et le médecin directeur du CMPP, on propose à l’enfant de commencer un travail thérapeutique en psychomotricité.

Dans cette thérapie, j’utilise plusieurs médiations. C’est vrai que j’aime à dire que mon outil de travail c’est le corps, même si on voit bien que cela va au-delà, mais quand même, je reviens toujours à des choses très corporelles. J’utilise, par exemple, beaucoup de matériels sensoriels pour vraiment permettre aux enfants de repasser par des choses peut-être plus archaïques de tout petit, qui me semblent essentielles. Ça permet à l’enfant de vivre ou revivre des expériences dans son corps qui parfois n’ont pas été vécues ou de façon trop rapide. On travaille alors autour de tous les sens à partir de la semoule, du sable, des jeux autour de l’oralité, de la peinture avec les doigts ou les coudes, etc. On vient solliciter toutes les parties du corps autour de la sensation. On travaille aussi l’aspect moteur. Souvent, les enfants sont très demandeurs de parcours. Ils adorent sauter, grimper, rouler, etc. Ils sont également très friands de cabanes. Ça leur permet de venir rechercher des limites et une contenance au niveau du corps. Ça les enveloppe, les contient, les apaise, etc.

J’utilise également la musique, comme les djembés, les activités créatives et la relaxation. J’essaye avec la relaxation de leur faire vivre l’expérience d’une alternance entre je bouge et je me détends, je m’apaise, j’écoute mon corps.

Ce qui est essentiel aussi lors de ces temps de rencontre, c’est la mise en mots, la mise en sens de ce que l’enfant vit pendant sa séance. Je pense notamment aux enfants agités qui sont dans une espèce de tourbillon où tout se mélange et rien ne prend sens, rien ne se pose, rien ne s’inscrit. De mettre des mots sur leurs émotions et leurs sensations les apaisent.

Et par rapport à l’IME quelle est la différence avec le CMPP ?

La perception du métier par les équipes est différente. Pour l’équipe de l’IME, je suis plus une rééducatrice mais, ce n’est pas un secret, tout le monde sait que je suis dans la thérapie motrice. La grande différence aussi, c’est que les psychomotriciens font partie intégrante de la vie institutionnelle, c’est-à-dire que l’on va participer au quotidien des jeunes accueillis. On va, par exemple, être sur des temps de de regroupement ou l’on va participer aux activités de loisirs, etc. Cette présence nous permet de repérer des jeunes que l’on ne rencontre pas en séance de psychomotricité et qui nous interpellent dans leur corps ou dans leur relationnel aux paires. Ces observations vont nourrir les échanges lors des réunions d’équipe et vont pouvoir conduire à de nouvelles indications thérapeutiques. La population n’est également pas là même à l’IME et au CMPP. A l’IME se sont des adolescents avec des parcours scolaires compliqués, des déficiences intellectuelles avérées, des troubles du comportement, des problématiques sociales plus complexes et parfois des troubles psychiatriques. Ces dernières années les profils des jeunes accueillis ont beaucoup évolué ce qui nous amène à réfléchir autrement notre accompagnement.

Jusqu’à présent, on fonctionnait à l’IME un petit peu comme aux CMPP, c’est-à-dire des prises en charge en individuel ou en groupe thérapeutique. Mais aujourd’hui les besoins sont différents, les jeunes doivent être accompagnés au plus proche dans chaque espace de vie de l’IME. J’ai une enseignante qui, par exemple, m’a sollicité la semaine dernière pour me dire « Il y a un jeune qui ne tiens pas en classe, il est complètement explosé. Il a besoin que je lui fasse un massage ou que je pose une main sur son dos pour rester tranquille. Qu’est-ce que je peux faire pour lui ? Quel matériel je pourrais lui proposer ou quel aménagement de l’espace pour lui permettre d’être calme et disponible ? Ces échanges avec l’équipe nous amènent à réfléchir autrement sur l’accompagnement des jeunes au-delà des murs de la salle de psychomotricité.

Qu’est-ce qui vous passionne dans votre métier ?

J’aime cette complexité de mon métier. J’aime aussi cette nécessité de se baser sur nos ressentis. On se fie beaucoup à notre côté intuitif. Si on veut vraiment rencontrer l’enfant, il faut s’autoriser à ressentir ce qu’il nous fait vivre. Notre métier, c’est comment être à l’écoute de l’enfant au-delà du verbal, dans son corps, son tonus et dans ce qui se joue dans la relation avec nous. Ça, c’est vraiment propre à notre métier et je trouve que c’est d’une grande richesse d’avoir accès à cette écoute parce qu’elle met vraiment en lumière ce que l’enfant vit. Ça nous permet d’être au plus proche de lui.

Ce que j’aime aussi dans mon métier au CMPP et à l’IME le Bel Air c’est la diversité des jeunes qu’on reçoit et la richesse du travail d’équipe. J’ai fait le choix de ne pas travailler en libéral par ce que je trouve que le travail d’équipe soutient vraiment la clinique de l’enfant. On avance mieux quand on réfléchit à plusieurs. En libéral, on est parfois un peu seule face à un enfant et une famille. On sent que le besoin serait peut-être ailleurs, mais la famille n’est pas prête à se tourner vers d’autres professionnels. C’est plus compliqué.

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